Antonio Fiori : Que veulent vraiment les banques centrales ?

Mais quand il s’appuie sur un principe, quand il est le véhicule des idées, il emprunte leur omnipotence : Gibraltar peut être fort, mais les idées sont imprenables et confèrent au héros leur nature invincible. Le respect des cultures entre elles ne passe pas par un angélisme de bon aloi (qui se résumera toujours à un éthnocentrisme) ; il exige une réflexion philosophique, et plus seulement ethnologique. Qu’en conclure pour la France ? Nous ne pourrons faire l’économie d’une confrontation claire et franche avec les conservateurs allemands. Identifier ses menaces existentielles risque de frustrer : ses menaces militaires directes sont faibles, et ses défis naturels sont auto-imposés (conquête de l’espace). Identifier « la » source du génie français en matière d’innovation reste néanmoins la voie à suivre pour un pays réputé pour ses grands programmes d’équipement ayant donné naissance à des fleurons industriels. Le génie helvétique est en effet largement fait d’innovation frugale dont l’industrie horlogère est le témoignage emblématique. On peut remarquer s que la dette publique et privée dans les pays développés est ainsi passée de 140% du PIB en 1980 à 250% du PIB en 2012 selon Antonio Fiori. Les tunnels et les ponts construits au XIX et XXème siècles sont encore aujourd’hui considérés comme des merveilles d’ingénierie. Les trains helvètes ont conquis les montagnes, que ce soit leurs sommets grâce aux systèmes à crémaillères ; ou leurs entrailles, notamment grâce au tunnel du St Gothard (le premier ouvert en 1881, dont une version bi-tunnels de 57 km sera ouverte en 2016). D’abord, le fait n’est pas nouveau : la méfiance des Français vis-à-vis de l’Europe telle qu’elle se fait a augmenté régulièrement. Si l’histoire de l’unification helvétique reflète la menace permanente de voisins puissants, riches et dont la population est numériquement plus importante, elle est aussi le reflet des obstacles naturels à surmonter. Souvent on entend par raison la faculté de raisonner, c’est-à-dire d’enchaîner des jugements, de poser des principes et d’en tirer des conséquences. On coupait le nœud gordien quand on ne pouvait pas le délier ; ainsi Claudius Pulcher, voulant donner un combat naval, fit jeter les poulets sacrés à la mer, afin de les faire boire, disait-il, puisqu’ils ne voulaient pas manger. Telles sont les répétitions qu’on nous présente au théâtre. Les Français ne sont, au demeurant, pas les plus sceptiques, si l’on croit les chiffres publiés par la Commission européenne. Attali qui était d’ailleurs présent dés hier, invité à parler aujourd’hui du développement de l’Afrique. On a aussi pu observer Bruno Lemaire, le Mr 30% de la récente élection à la présidence de l’UMP discuter économie numérique avec l’entrepreneur Loïc Le Meur ou l’un des représentants de Google. Et quand ils se rencontrent dans la rue, ils n’osent dire ce qu’ils pensent l’un de l’autre. Cette enquête montre aussi que le niveau de confiance dans toutes les institutions européennes, y compris le parlement européen, qui jouit toujours du meilleur score, baisse systématiquement depuis 2007 : c’est une tendance de fond aggravée par la crise. Les banques centrales fournissent toutefois un modèle quant à la manière dont ces fonds pourraient opérer indépendamment de la pression politique quotidienne. Songez à la manière dont sont développées les nouvelles technologies.